Histoire du safran

« Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome, avec tous les arbres qui donnent l'encens ;
La myrrhe et l'aloës, avec tous les principaux aromates »

Cantique des cantiques. 4-14

Représentations picturales

Dans l'Irak d'aujourdhui, des pigments ont été retrouvés dans des peintures préhistoriques servant au dessin d'animaux sauvages, et datant d'il y a 50 000 ans.

Dans la culture grecque, la première apparition du safran remonte à l'âge de bronze.
Une récolte de safran est présente sur une fresque de la Crète minoenne, au palais de Knossos, représentant des fleurs ramassées par des jeunes filles et des singes.
Sur une autre fresque, (« cueilleurs de safran ») sur l'île grecque de Santorin, on peut voir une déesse grecque supervisant la cueillette de fleurs et la sélection de stigmates qui seront utilisés dans la fabrication de médicaments.
Sur une autre encore, au même endroit, est représenté une femme utilisant du safran pour soigner son pied en sang.
Ces fresques sont les premières représentations picturales exactes d'un point de vue botanique de l'utilisation du safran en tant que plante médicinale.

Les légendes

Des légendes grecques anciennes décrivent des marins sans peur embarquant pour des voyages longs et périlleux dans les terres éloignées de Silicie, d'où ils pensaient pouvoir ramener ce qu'ils considéraient comme étant le safran le plus précieux du monde.

La légende la plus connue sur le safran est celle décrivant l'histoire de Crocus et Smilax.
Crocus, jeune et bel homme, suit la nymphe Smilax dans les bois près d'Athènes. Durant leur courte période d'amour idyllique, Smilax est  sous le charme de ses avances, puis commence à se lasser de ses attentions. Comme Crocus insiste malgré ses réticences, elle en vient à l'ensorceler, transformant le jeune Crocus en fleur de safran, ses stigmates orange flamboyant symbolisant sa passion immortelle pour Smilax.

Selon la légende de l'introduction du safran en Inde, il serait arrivé entre le Xie et le XIIe siècle après J.C., avec deux ascètes soufis étrangers et nomades : Khwaja Masood Wali et Hazrat Sheikh Sharifuddin. Ils voyageaient à travers le Cachemire et sont tombés malades. Ils auraient alors demandé des soins auprès du chef d'une tribu locale. En remerciement et récompense pour l'aide de ce chef, ils lui auraient alors offert des bulbes de fleurs de safran. Depuis, on adresse à ces deux saints des prières reconnaissantes lors de la saison de récolte de safran à la fin de l'automne. Une chapelle et un tombeau en or leur sont consacrés à Pampore, village indien célèbre pour ses champs de safran.

D'anciens récits bouddhiques chinois de l'ordre monastique Mula-Sarvāstivādin raconte une toute autre légende. L'apôtre bouddhiste indien Arhat a été envoyé au Cachemire au Ve siècle avant J.C. À son arrivée, il aurait semé les premiers plants de safran de Cachemire. Depuis lors, l'usage du safran s'est répendu à travers le continent indien.

Le commerce du safran

Le commerce du safran est depuis longtemps une activité lucrative tant ses propriétés sont multiples.
Les phéniciens le propagent parmi les pays méditerranéens. Leurs clients sont parfumeurs en Egypte, médecins en Israël ou citoyens fortunés en Grèce.
Les colons romains l'ont implanté dans le sud de la Gaule, avec une culture intensive jusqu'aux invasions barbares (271 avant J.C.).
Alexandre le Grand et ses armées l'utilisaient durant leurs campagnes asiatiques. Les soldats grecs continuèrent à l'utiliser en rentrant en Macédoine.
En Turquie, la culture se concentre au nord de Safranbolu ; connue encore aujourd'hui pour ses festivals annuels autour de la récolte du safran.
Des archives perses notent que le safran a été introduit en Inde par des dirigeants perses souhaitant retrouver dans leurs jardins en Inde les plantes de leur région d'origine.
Suite à la chute de l'Empire romain, et pendant plusieurs décénies, la culture du safran se fait rare, presqu'inexistante à travers toute l'Europe. Ce sont les maures qui relanceront cette culture lorsqu'ils s'installeront dans la péninsule ibérique, dans une partie de la France et dans le sud de l'Italie.
Une première ordonnance visant à réguler le commerce du safran est rendue à Blois le 18 mars 1550.
Sujet de convoitises, au XIV siècle, le safran est victime de piratage, de vols masssifs ; les pirate le préférant aux cargaisons d'or.
Un commerce florissant à travers toute la France, des inspecteurs du safran nommés par le roi en 1772, le préfet du Vaucluse faisant mention de la supériorité du safran à la mode d'Orange pour la région de Carpentras en 1808 ; mais dépassée par le safran du gâtinois en 1850, n'empêcheront pas la totale disparition du safran en France après la Première Guerre mondiale.
Les plus grands producteurs de safran sont aujourd'hui l'Iran et l'Espagne.

Utilisation en teinture

Les grandes teintureries de Sidon et Tyr utilisaient des bains de safran comme ersatz. La-bas, les robes royales étaient plongées trois fois dans des teintures en pourpre foncé. Pour les robes des prétendants et des roturiers, les deux derniers bains étaient à base de safran, ce qui éclaircissait la teinte pourpre.

En Perse, on a retrouvé des fils de safran entremêlés dans les tapis et linceuls royaux datant du Xe siècle avant J.C.

En Inde, les stigmates sont trempés dans l'eau pour produire une solution dorée utilisée comme teinture textile. Son succès est tel qu'immédiatement après le décès de Bouddha Siddhârtha Gautama, ses moines gardiens décrètent que le safran serait la couleur officielle des robes et rideaux bouddhiques.